BRUXELLES - BRUSSEL

Ville de  BRUXELLES
Stad BRUSSEL

Monuments éphémères du 22 novembre 1918
Tijdelijke monumenten van 22 november 1918


 

 


Aux pages 972 et 973 du Bulletin communal de la Ville de Bruxelles pour l'année 1919, on peut lire ce qui suit à propos des monuments éphémères érigés à Bruxelles à l'occasion du retour d'Albert Ier et de la reine Elisabeth:

FÊTES PUBLIQUES

Après quatre longues et douloureuses années d'exil notre illustre souverain, S. M. Albert Ier, le "Roi-Soldat", est rentré le 22 novembre 1918 dans la capitale à la tête de notre glorieuse armée et des vaillants détachements américain, français et britannique qui lui faisaient escorte. Cette fois, ce fut le public lui-même qui apporta un appoint précieux à la réussite de la fête. Le long de l'itinéraire du cortège triomphal, la rue de Flandre, les boulevards du Centre, le boulevard Botanique et la rue Royale, une foule immense venue en cohortes serrées, dès le matin, exhalait son enthousiasme délirant, sa joie et son bonheur ! Cette clameur incessante et formidable était l'expression spontanée d'un peuple qui retrouve enfin la liberté après une dure et brutale oppression ! La nature elle-même ajoutait à la fête : dans un ciel éthéré, qu'animait le vol incessant d'innombrables avions, un soleil d'apothéose dominait ce spectacle inoubliable. Le soir du même jour, Sa Majesté fut reçue à l'Hôtel de Ville, de façon brillante.

La Ville avait reçu une décoration fort réussie, consistant surtout en mâts portant les drapeaux national et alliés ; la Bourse et la Grand-Place étaient ornées de façon heureuse. L'Hôtel de Ville, garni de quatre rangées d'oriflammes aux couleurs des nations alliées, depuis le haut de la tour jusqu'aux angles de l'édifice, était particulièrement remarquable.

Un certain nombre de monuments provisoires en staff avaient été élevés en certains points de la Ville :

- Grand'Place : "La Brabançonne", par SAMUEL.
- Mont-des-Arts : "Allégorie de la Paix". Hommage aux États-Unis, par GRANDMOULIN .
- Au Parc : "A nos Héros", par Ph. WOLFERS (don de l'auteur).
- Place Surlet-de-Chokier : "La Vague". La Belgique repoussant l'invasion des Barbares, par DE POUILLY .
- Place des Palais : "À notre grand Roi et à notre vaillante armée", par LAGAE .
- Place Saint-Jean : "À nos Héros morts pour la Patrie", par MASCRÉ.
- Rue du Parchemin : "À nos blessés", par VAN HAMME .
- Emplacement de la Grande-Boucherie : "Monument à Miss Cavell". Hommage à l'Angleterre, par MARIN .
- Vieux-Marché-aux-Grains : "Hommage à l'Italie", par VANDEVOORDE [Aucune photo de ce monument disponible].
- Comme hommage à la France, la statue du général BELLIARD avait reçu une décoration spéciale, par DELESCLUZE [Aucune photo de ce monument pavoisé disponible].

Mues par un touchant sentiment de piété, des personnes déposèrent des fleurs au pied de différents de ces monuments.

Selon le site visit.brussels, Des monuments éphémères évoqués ci-dessus, seule la Brabançonne de la place Surlet de Chokier s'est vu pérennisée en étant coulée dans le bronze.

Trois de ces monuments apparaissent dans le reportage sur le retour du roi Albert  I et de la reine Elisabeth à Bruxelles le 22 novembre 1918 disponible sur le site de la Bibliothèque royale, à savoir "l'Allégorie de la Paix", "La Brabançonne" et "La Vague" (après environ 3 minutes)

D'autres sources font allusion à ces monuments éphémères, avec parfois un nombre et une localisation différents.

Ainsi le journal "Le Soir" du 18 novembre 1918 écrit-il:

1914-1918 : À Bruxelles, pour le retour de nos Souverains.

Un demi-million de crédit voté.

Dans quelques jours le Roi et la Reine des Belges seront à Bruxelles. Quand ils rentreront, ils trouveront une foule toute en délire, libre d'exprimer ses sentiments patriotiques. Ils rentreront dans une ville en fête entièrement pavoisée. La ville de Bruxelles a pris, sur la proposition de l'échevin de l'État civil, M. STEENS faisant alors fonctions de bourgmestre, des mesures pour la décoration de la capitale.

Le conseil a été large, il a voté dans ce but un crédit de 500.000 francs.

Des mâts mesurant quinze mètres de haut - il y en a quatre-vingts de commandés - seront élevés sur la Grand-Place, la Place Poelaert, la Place des Palais, la Place de Brouckère. Ils porteront nos couleurs nationales et celles de nos alliés. Des guirlandes décoratives les relieront. La Grand-Place recevra sa décoration des grands jours de fête. Des drapeaux seront placés par la Ville aux fenêtres des maisons qui la bordent. A l'Hôtel de Ville, on arborera le grand pavois. Il est constitué par deux lés aux couleurs nationales qui descendront du second étage.

On a commandé également à nos sculpteurs des groupes monumentaux en stuc, car les artistes ont eu à peine quinze jours pour exécuter leur projet.

- Il y aura notamment un groupe de M. SAMUEL, haut de sept à huit mètres et qui symbolisera la Brabançonne. Il sera érigé sur la Grand-Place.
- À la Place Poelaert sera placé un groupe de M. GRANDMOULIN, symbolisant la Paix.
- Sur la petite pelouse du Parc, face au Palais du Roi, nous avons une œuvre de M. LAGAE, un lion gigantesque tenant écrasé sous ses pattes un aigle symbolisant la barbarie.
- M. WOLFERS a fait don à la ville de Bruxelles d'un morceau sculptural représentant une femme jetant des couronnes à nos héros. Cette œuvre sera placée sur la pelouse du Parc dans l'axe de la Montagne-du-Parc.
- Du marquis de POULLY, nous verrons une œuvre qui représente la logique s'arc-boutant contre une vague qui tente de l'engloutir. Elle se trouvera sur le terre-plein de la Place Surlet de Chockier.
- Enfin, le sculpteur MARIN a conçu un groupe qui personnifiera le martyre d'Edith CAVELL, il occupera le fond de la place dégagée par la démolition de l'ancienne boucherie.

La source [318] donne le récit suivant:

LES MONUMENTS ÉPHÈMERES DU 22 NOVEMBRE 1918

La fin de la guerre pour les Belges est marquée par la Joyeuse Entrée du roi à la tête de ses troupes, le 22 novembre 1918, à Bruxelles. Pour accueillir son Roi-Soldat, la capitale du royaume s’est mise en fête. Dès le 18 novembre, la Ville de Bruxelles vote un crédit impressionnant de 500.000 francs. Quatre-vingts mâts de quinze mètres de haut arborent les couleurs belges et alliées. Ils sont dressés sur la Grand-Place, la Place Poelaert, la Place des Palais et la place de Brouckère.

En outre, huit monuments en stuc ont été construits à la hâte et placés sur les grandes places publiques de Bruxelles pour exprimer le patriotisme belge et la reconnaissance du pays envers les Alliés. Un seul de ces monuments sera coulé dans le bronze, en 1930, à l’occasion du centenaire de la Belgique : celui de Charles SAMUEL représentant la Brabançonne sur la Grand-Place et finalement installé place Surlet de Chokier. Les sept autres monuments avaient pourtant frappé la foule par leur caractère majestueux et hautement patriotique. Le monument de Léandre GRANDMOULIN représentant l’ange de la paix était dédié aux Etats-Unis, tandis que celui de Jacques MARIN consacré à l’infirmière Edith CAVELLavell était un hommage à la Grande-Bretagne. Le monument sculpté par le marquis DE POULLY représentait la petite Belgique repoussant une gigantesque vague allemande. Celui de Jules LAGAE était dédié au roi Albert, couronné de lauriers et vêtu à l’antique. Le monument de Louis MASCRÉ, dédié aux soldats morts pour la Patrie, exprimait avec force la douleur et le deuil. Tandis que le monument de Philippe WOLFERS, dédié à nos héros, représentait la patrie reconnaissante sous la forme de deux femmes nues, la Flandre et la Wallonie, unies dans un même geste d’offrande et de reconnaissance. Enfin, le monument de Joseph François VAN HAMME était dédié à nos blessés.

Notons que ces monuments provisoires glorifient essentiellement les héros militaires et non le martyre ou l’héroïsme des civils, sans doute parce qu’ils ont été créés par la population occupée pour accueillir le retour du roi et de l’armée. En effet, le martyre de civils ne tardera pas à être éternisé lui aussi à travers des funérailles posthumes grandioses et des monuments plus ou moins imposants, mais pérennes.

On trouvera ci-dessous une photo de chacun de ces monuments éphémères (sauf le monument italien et le monument Belliard). Pour d'autres photos, on suivra les liens proposés ci-dessus.